Ouvrir la voie d'un commerce sûr: des systèmes SPS plus inclusifs élargissent les possibilités de marché pour tous et toutes
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Chaque jour au lever du soleil, dans les champs, les marchés et les centres de transformation du monde entier, de nombreuses femmes commencent à travailler. Elles récoltent, trient et font sécher des produits alimentaires, les transforment et les préparent à être vendus. Elles soutiennent ainsi l'économie locale et approvisionnent des marchés un peu partout dans le monde.

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Des coopératives de récolte de karité en Afrique de l'Ouest à la production d'épices en Asie, dans les régions de culture du cacao en Amérique latine et sur les routes commerciales transfrontières qui permettent d'acheminer ces différents produits, les femmes sont au cœur du commerce agroalimentaire. Cependant, l'accès aux marchés régionaux et internationaux dépend de la capacité à respecter les normes en matière de sécurité sanitaire des produits alimentaires, de santé des animaux et de préservation des végétaux.

Les mesures sanitaires et phytosanitaires, conçues pour protéger les consommateurs, les végétaux et les animaux et renforcer la confiance dans les marchés mondiaux, sont souvent considérées comme des instruments techniques censés avoir les mêmes implications pour tous les acteurs. Or dans la pratique c'est rarement le cas. Compte tenu des inégalités existantes, il arrive en effet que le respect des prescriptions SPS soit plus difficile pour les femmes et pour d'autres groupes vulnérables, qui ont un accès limité aux renseignements, à la formation, au financement et aux systèmes de soutien, ainsi que des activités à petite échelle et un faible pouvoir décisionnel.

Tous ces paramètres déterminent donc qui est en mesure de bénéficier des nouveaux débouchés de marché.


"L'inégalité entre les hommes et les femmes n'est pas seulement une question socioéconomique. C'est aussi un facteur de risque pour les systèmes SPS. Car un système SPS qui n'est pas inclusif est moins efficace, moins résilient 
et moins crédible."
S.E. Sabine Bakyono Kanzie, Ambassadrice et Représentante permanente du Burkina Faso à Genève
 

Des engagements mis en pratique

Ces préoccupations sont désormais centrales dans les efforts visant à renforcer les systèmes SPS et à faciliter un commerce sûr.

Dans le cadre de son partenariat mondial, le Fonds pour l'application des normes et le développement du commerce (STDF) aide les pays en développement à respecter les normes internationales en matière de sécurité sanitaire des produits alimentaires, de santé animale et de préservation des végétaux. De plus en plus, cela consiste à voir comment les systèmes SPS fonctionnent dans la pratique, et à faire en sorte qu'ils soient inclusifs et accessibles à toutes les personnes qui participent aux échanges commerciaux.

Le Plan d'action du STDF pour l'égalité des genres traduit cette ambition en une approche structurée. Il vise à renforcer la capacité des femmes à respecter les prescriptions SPS, tout en encourageant une intégration plus systématique des considérations relatives à l'équité et à l'inclusion dans tous les efforts de renforcement des capacités.

Concrètement, il s'agit de regarder de plus près qui bénéficie des interventions SPS et comment. Les projets sont encouragés à identifier les difficultés spécifiques auxquelles se heurtent les femmes dès le départ, à intégrer des actions ciblées si nécessaire et à suivre les progrès grâce à des données ventilées. Le STDF préconise également une sensibilisation accrue, un partage des connaissances et une collaboration entre institutions et partenaires, afin que l'égalité des chances soit intégrée dans la conception, la mise en œuvre et les améliorations des systèmes SPS au fil du temps.

Un impact sur le terrain

Dans différentes régions, les projets soutenus par le STDF mettent ces principes en pratique, et démontrent que des approches plus inclusives peuvent accroître le respect des normes internationales SPS tout en élargissant les possibilités commerciales pour les femmes et pour d'autres groupes vulnérables.

Au Nigéria, les ouvrières des centres de transformation jouent depuis longtemps un rôle majeur dans les filières du karité et du sésame. Pourtant, un accès limité à la formation, à des équipements modernes et à des systèmes de gestion de la qualité a limité pendant des années leur capacité à respecter les normes internationales. Grâce à un projet soutenu par le STDF et mis en œuvre par le Centre du commerce international (ITC) en collaboration avec le Conseil nigérian de promotion des exportations, plus de 1 000 ouvrières ont suivi une formation sur la sécurité sanitaire des produits alimentaires et la gestion de la qualité, tandis que de nouvelles installations de transformation modernisées et de meilleurs systèmes de traçabilité ont contribué à améliorer la qualité, la traçabilité et la sécurité des produits. Par conséquent, des coopératives dirigées par des femmes ont pu obtenir une certification, accéder à des acheteurs internationaux et accroître leurs revenus, en se positionnant sur des marchés qui étaient auparavant hors de portée.


"Quand le STDF est arrivé, nous n'étions pas prêtes. Notre beurre de karité n'était pas adapté au marché. Et nous ne pouvions pas avancer. Aujourd'hui, on peut dire nos produits sont à la hauteur du marché international."
Mobola Saoge, Fondatrice, Shea Origin, Nigéria
 

Au Sénégal, le changement s'est opéré en amont. Un projet financé par le STDF et dirigé par le COLEAD avec la Direction nationale de protection des végétaux a entrepris de renforcer les contrôles phytosanitaires pour la chaîne de valeur horticole, tout en étudiant de plus près les bénéficiaires. Une analyse initiale a mis en évidence des lacunes dans la manière dont les femmes étaient représentées et soutenues, et a informé une révision de la législation phytosanitaire, y compris l'intégration de dispositions favorables à l'égalité des chances. Depuis lors, des groupes de femmes ont été associés aux consultations, aux processus décisionnels et à la gouvernance dans le cadre du projet. Leur point de vue éclaire désormais les politiques et les efforts de renforcement des capacités, pour une meilleure prise en compte des réalités sur le terrain. Cette démarche contribue à une chaîne de valeur horticole plus inclusive, où les politiques, les pratiques et les possibilités offertes reflètent mieux la réalité pour celles et ceux qui dynamisent le secteur.

Dans toute l'Afrique australe, le commerce agroalimentaire transfrontières à petite échelle est vital pour des millions de personnes, et les femmes y jouent un rôle crucial. Majoritaires dans ce secteur au Malawi, en Tanzanie et en Zambie, elles transportent des marchandises à travers les frontières, et soutiennent leurs familles ainsi que l'économie locale. Pourtant, leur travail reste souvent informel, et les obstacles rencontrés – accès limité aux renseignements et à la formation, coûts et complexité de la mise en conformité – font qu'il est parfois très difficile pour elles de respecter les prescriptions SPS. Pour mieux comprendre ces obstacles et y remédier, un projet du STDF, mis en œuvre par CABI avec des associations transfrontières locales, porte précisément sur ces réalités. Grâce à une grande enquête et à des consultations avec diverses parties prenantes, il cherche à identifier les problèmes spécifiques auxquels sont confrontées les commerçantes en matière de respect des normes internationales SPS, ainsi que les raisons pour lesquelles beaucoup continuent de pratiquer un commerce informel. L'une des principales difficultés concerne la communication et l'accès aux prescriptions dans la pratique.


"Quand vous arrivez à la frontière, vous trouvez des formulaires à remplir, souvent dans une langue que vous ne comprenez pas. Les renseignements doivent être communiqués aux commerçantes d'une manière claire, y compris dans les langues locales, si on veut qu'elles puissent se conformer aux prescriptions."
Christine Phiri Sikombe, Secrétaire générale, Association des négociants transfrontières de Zambie
 

Dans les montagnes du Népal, le gingembre est depuis longtemps une source de subsistance pour de nombreuses femmes, et c'est souvent l'une des rares cultures viables dans des conditions difficiles. Des efforts visant à renforcer la sécurité sanitaire des produits alimentaires et la préservation des végétaux ont contribué à transformer cette chaîne de valeur. Un projet du STDF cofinancé par le Cadre intégré renforcé et mis en œuvre par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture a permis d'améliorer les pratiques de l'exploitation à la commercialisation. Près de 2 000 agriculteurs, dont une majorité de femmes, ont suivi des formations sur les bonnes pratiques agricoles, la gestion des parasites et la manutention après récolte, et de nouvelles installations de nettoyage ont permis d'améliorer la qualité des produits et de réduire les pertes. Grâce à cela, les pertes après récolte ont chuté d'environ 30%, les revenus ont augmenté parfois de plus de 60% et des installations modernisées soutiennent environ 8 000 ménages, tout en ouvrant l'accès aux marchés régionaux. Les coopératives dirigées par des femmes ont accru leur rôle dans la chaîne de valeur, faisant d'une culture de subsistance une source de revenus plus fiable et plus gratifiante.

Un changement d'échelle réussi

Ces expériences montrent que des approches plus inclusives aboutissent à des améliorations plus solides dans le domaine SPS et donnent des résultats durables pour les hommes comme pour les femmes.

Un même message ressort de tous les projets soutenus par le STDF: si on commence par une analyse en matière d'inclusion, si on tient compte des réalités socioéconomiques, si on s'adapte aux besoins spécifiques et si on associe les femmes à la prise de décisions, on améliore le respect des prescriptions et l'accès aux marchés.

Le défi consiste maintenant à reproduire ces approches à une autre échelle et à les appliquer de manière plus cohérente. La demande continue de croître pour un commerce sûr, et les systèmes SPS inclusifs seront essentiels pour faire en sorte qu'un plus large éventail de producteurs, de transformateurs et de négociants puisse se conformer aux normes internationales et saisir de nouvelles possibilités – sans que personne ne soit laissé pour compte.

Reconnu comme catalyseur dans ce domaine, le STDF a aidé à identifier, tester et promouvoir des approches pratiques pour un renforcement des capacités SPS plus inclusif. Ses travaux ont informé et influencé des partenaires très divers – notamment CABI, COLEAD et CIPV – soutenant l'élaboration d'outils, d'orientations et d'approches inclusifs en matière de renforcement des capacités qui sont actuellement appliqués et déployés plus largement dans différents systèmes SPS.

En fin de compte, le respect des normes SPS ouvre les portes des marchés internationaux, mais uniquement si tout le monde bénéficie d'une chance équitable de les franchir.